Nous n’avons jamais voulu atterrir en Israël

Ce 8 juillet commençait la mission « Bienvenue en Palestine », une semaine où, nous, activistes souhaitions rencontrer des Palestiniens, échanger avec eux, voir de nos yeux « l’ampleur du désastre », et mettre à l’épreuve le blocus de la Cisjordanie, inexistant aux dires de l’État d’Israël. Une semaine pour voir des troupes de théâtre, de danse, découvrir une culture qui malgré toutes les tentatives de massacres existe et résiste toujours à travers toutes les colonisations.

 

Un aperçu du « bus à cages »

 

Il y a plusieurs semaines, la première représaille sioniste fût lancée : médiatique comme toujours. Les visiteurs sont traités de hooligans, de « touristes de la haine », d’antisémites, qualifiés d’islamistes, de terroristes, accusés de vouloir semer le désordre et la destruction dans l’aéroport et en Israël, de vouloir s’immoler par le feu devant l’aéroport,…

Le 8 juillet, nous avons pris l’avion. On reçoit quelques sms : des aéroports entiers sont bloqués, une liste de près de 400 noms qui seront refusés avant d’embarquer¹, des activistes qui reçoivent des coups de fils qui prétendent que le « vol est annulé »².

À bord de l’avion, on rigole, on discute, on se rencontre. Beaucoup de jeunes, des étudiants, quelques mineures dont une jeune fille de 14 ans qui avait demandé comme cadeau de réussite d’examens de partir en Palestine. On se demande un peu où est cachée cette incroyable haine qu’on nous accuse d’attiser. On parle des gosses de la Palestine, ceux qui sont nés sous les bruits des chenilles de tanks, ceux qui sont nés dans la rue après Plomb durci. Ceux qui lancent quelques cailloux contre des véhicules de combat. On parle de tous ces gens qui sont nés dans la guerre, qui sont morts dans la guerre, qui ne sont jamais parti, qui ne se sont jamais éteints. Et on se dit que finalement la haine, c’est bien subjectif.

Arrivés à destination, quelques « passagers » passent devant les autres et rejoignent les flics israéliens en leur indiquant qui nous sommes. Rapidement escortés vers le service des passeports puis vers deux petites pièces ouvertes surveillées par policiers, militaires et services de sécurité privés. Nous sommes emmenés par petits groupes vers une sortie où un bus à cages nous attend. Après quelques heures d’attentes, entassés à 40°, découvrant le racisme israélien³, le car démarre avec comme toute information de destination « jail » marmonné par une policière.

On roule pendant près de trois heures dans la nuit. Et au petit matin, le bus ralentit et on aperçoit par la fenêtre une prison gigantesque et flambant neuve au nord du désert du Negev.

Là-bas, on s’organise, on décide rapidement (dans les groupes séparés entre hommes et femmes) de lier nos destins : tout le monde sort ou personne ne sort. De temps à autre, des matons viennent parler à un prisonnier et lui propose de signer un papier qui lui fait renoncer à son droit de se rendre en Palestine et en Israël en échange de sa liberté immédiate. On refuse et on sait que si on veut éviter que certains restent plus que les autres on doit tous être solidaire. On met toutes les chances de notre coté et certains prisonniers posent une dernière pression en déclarant une grève de la faim.

Dehors, tous s’organisent : des Israéliens et des Palestiniens manifestent au checkpoint de Bethléem, certains sont arrêtés. Des médias hasbaristes⁴ prétendent que des militants qui ont réussi à passer la frontière ont rejoints des manifestations violentes en Palestine. En Belgique, le mouvement et les familles des prisonniers aussi participent en prenant contact avec juristes, ministère et médias. Des journaux israéliens avaient déjà plusieurs jours plus tôt titrés leurs quotidiens « Nous sommes tous cinglés » devant la paranoïa gouvernementale.

À Be’er Sheva (La prison), on a la visite du consul belge, contrairement à certaines attentes le ministère des affaires étrangères ne pose pas de jugement politique sur le mouvement et nous demande quelle est notre stratégie. Après avoir exigé d’être reçus tous ensemble (avec les filles), nous sommes informés que la garde à vue est de 72h et que si Israël n’a aucun motif de condamnation il nous relâcheront avant lundi. Le lendemain matin, après une nuit difficile, on nous annonce notre libération. La journée est longue, à sillonner dans l’autre sens ce pays fait de frontières et d’icônes.

Vers 23h, on atterrit à Zaventem, plusieurs dizaines de militants et des caméras nous accueillent. Le combat n’est pas terminé : des dizaines d’autres sont toujours emprisonnés.

Lors des brefs interrogatoires on nous demande « pourquoi êtes vous venus en Israël ? ». Nous n’avons jamais voulu venir ici. Israël est une des seules porte d’entrée à la Cisjordanie. Nous ne voulions pas y séjourner, nous voulions aller en Palestine. Et le succès de la mission tient au fait que nous n’y sommes jamais arrivés : le blocus existe aussi en Cisjordanie. « Israël est un pays qui a pour toute fondation des murs et des barbelés »⁵, des caméras, des grillages, des contrôles à n’en plus finir.

Rendez-vous ce lundi soir à 21h30 à Zaventem pour accueillir le groupe Swissair et s’informer sur les derniers prisonniers.

Voir ici un article de David Poort, journaliste Al Jazeera enfermé avec nous. En anglais bientôt traduit ici.

1. En vertu des mêmes lois sur l’immigration que dans nos pays. Rien de « typique » à Israël malgré ce qu’on a pu entendre. Les compagnies sont forcées par la loi de refuser une personne black-listée quelque soit le pays qui en fait la demande. La différence c’est que cette liste n’est pas motivée. Mais il y a sans doute des précédents. En outre : la liste des noms a été obtenue via Facebook.

2. Les vols n’étaient pas annulés.

3. Quand les blancs demandent de l’eau ils l’obtiennent après 10 ou 20 minutes, quand des Arabes font de même ils prennent d’abord quelques verres d’eau tiède à la figure avant d’en obtenir bien plus tard en bouteille.

4. Hasbara : « explication » en hébreu : voir Wikipedia.

5. Paroles d’un des prisonniers qui y a vécut trois ans.

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